Le ribâ — l’usure, l’intérêt — compte parmi les péchés les plus gravement condamnés dans l’islam. Le Coran emploie à son sujet un ton d’une sévérité rare, et le Prophète ﷺ a maudit ceux qui s’y livrent sous toutes ses formes. À une époque où les transactions à intérêt sont devenues omniprésentes, comprendre ce qu’est le ribâ et comment l’éviter est un devoir pour tout musulman soucieux de gagner sa subsistance de manière licite.
La gravité du ribâ dans le Coran
Allâh adresse aux usuriers un avertissement d’une exceptionnelle dureté, unique dans le Coran : « Ô vous qui croyez, craignez Allâh et renoncez à ce qui reste du ribâ, si vous êtes croyants. Et si vous ne le faites pas, attendez-vous à une guerre de la part d’Allâh et de Son messager. » [al-Baqara : 278-279]. Aucun autre péché n’est ainsi présenté comme une déclaration de guerre divine. Cette sévérité unique mesure à elle seule l’extrême gravité de l’usure aux yeux d’Allâh.
La malédiction prophétique
Le Prophète ﷺ n’a pas été moins ferme que le Coran. Il « a maudit celui qui consomme le ribâ, celui qui le donne, celui qui le consigne par écrit et ses deux témoins », et il ajouta : « ils sont égaux. » (rapporté par Muslim). La condamnation s’étend ainsi à tous ceux qui participent de près ou de loin à la transaction usuraire, et pas seulement à celui qui en tire profit. Cela montre que l’islam combat l’usure dans toute la chaîne de ceux qui la rendent possible.
Les deux grandes formes de ribâ
Les savants distinguent principalement deux formes : le ribâ du prêt — un surplus exigé en contrepartie d’un délai sur une somme prêtée — et le ribâ de l’échange, qui concerne la vente de certaines denrées avec excédent ou terme. La forme la plus répandue aujourd’hui est l’intérêt sur les prêts et les crédits bancaires : toute somme perçue ou versée en sus du capital prêté relève du ribâ interdit. Connaître ces formes permet de les reconnaître et de s’en préserver concrètement.
Pourquoi l’islam l’interdit
L’interdiction du ribâ n’est pas arbitraire : elle protège la justice économique et sociale. Le ribâ enrichit le prêteur sans risque ni effort réel, au détriment de l’emprunteur souvent dans le besoin. Il concentre les richesses entre quelques mains, accable les endettés et corrompt les rapports humains en les fondant sur l’exploitation. Allâh oppose clairement le ribâ à l’aumône : « Allâh anéantit le ribâ et fait fructifier les aumônes. » [al-Baqara : 276]. L’usure détruit ce que la générosité fait croître.
Les conséquences du ribâ
Au-delà de la sanction religieuse, le ribâ a des effets dévastateurs ici-bas. Le Prophète ﷺ a averti que la prolifération de l’usure dans une société annonce des malheurs. Sur le plan individuel, l’usure prive le bien de sa bénédiction : ce qui semble augmenter le patrimoine le vide en réalité de toute bénédiction durable. Sur le plan collectif, elle engendre les crises, l’endettement écrasant et les injustices. Comprendre ces conséquences renforce la détermination du croyant à fuir l’usure sous toutes ses formes.
Comment éviter le ribâ
Éviter le ribâ suppose de la vigilance et parfois du courage : se détourner des crédits et placements à intérêt, rechercher activement les alternatives licites, privilégier l’épargne, le commerce honnête et les financements conformes. Cela demande des efforts et de la patience, mais Allâh promet le salut et la subsistance à qui Le craint : « Quiconque craint Allâh, Il lui ménage une issue, et Il le pourvoit d’où il ne s’y attend pas. » [at-Talâq : 2-3]. La crainte d’Allâh ouvre des portes que l’usure prétendait être les seules.
Se repentir et se purifier
Celui qui s’est engagé dans le ribâ par le passé doit se repentir sincèrement, cesser immédiatement, et se défaire du surplus illicite acquis. Le Coran indique précisément la voie : « Si vous vous repentez, vous aurez vos capitaux : vous ne léserez pas, et vous ne serez pas lésés. » [al-Baqara : 279]. On garde le capital initial, on abandonne l’intérêt. La porte du repentir reste grande ouverte à quiconque revient sincèrement vers Allâh, déterminé à purifier ses gains et à s’en tenir désormais au licite.
Chercher la bénédiction dans le licite
Le croyant qui fuit le ribâ ne perd rien en réalité : il échange une croissance illusoire et maudite contre une subsistance bénie, fût-elle plus modeste. La bénédiction (baraka) dans un bien licite vaut mieux que l’abondance dans un bien souillé. Le Prophète ﷺ a enseigné que la subsistance recherchée par les voies licites est une source de bien dans cette vie et dans l’au-delà. Se contenter du licite, avec confiance en Allâh, est la voie de la sérénité et de la vraie réussite.
Foire aux questions
Tout intérêt est-il du ribâ ? L’intérêt perçu ou versé en sus du capital d’un prêt relève du ribâ interdit, selon le sens des textes et la compréhension des savants.
Que faire si l’on est déjà engagé dans le ribâ ? Se repentir, cesser dès que possible, récupérer son capital sans le surplus, et chercher des alternatives licites en demandant l’aide d’Allâh.
Pourquoi l’islam est-il si sévère envers l’usure ? Parce qu’elle fonde la richesse sur l’exploitation, concentre les biens, accable les endettés et corrompt les rapports humains.
Pour aller plus loin
RIBA : la mise en garde expose la gravité de l’usure et les moyens de s’en préserver, à la lumière du Coran et de la Sunna. Un ouvrage nécessaire à l’heure des crédits. Disponible en direct chez l’éditeur.
À explorer : l’œuvre du Cheikh Raslan. À lire, en direct chez l’éditeur : RIBA : La mise en garde contre l’usure.
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